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Date de création : 25.09.2014
Dernière mise à jour : 27.12.2025
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La poésie

On lit et on écrit de la poésie non parce que c'est joli. On lit et on écrit de la poésie parce qu'on fait partie de l'humanité et que l'humanité est faites de passions.

Keating

Citation

"La poésie, c'est l'univers mis en musique par le coeur"

 Sully Prudhomme

Nos silences accordés

Publié le 20/10/2025 à 11:59 par la-resonance-des-maux Tags : roman image sur mer vie moi place amour monde homme papier femme amis four air nuit carte histoire
Nos silences accordés

"Dans un matin de brouillard, entre les effluves du café et la chaleur d’une main tenue, se tisse une histoire d’amour silencieuse et profonde.Nos silences accordés raconte la complicité d’un couple dont les gestes, les regards et les silences valent mieux que tous les mots.
Au fil des souvenirs, des instants suspendus et des paysages intimes, se révèle la beauté fragile et intemporelle d’un lien construit dans la tendresse, la confiance et le partage. Ce récit est un hommage à ces moments où l’amour se vit pleinement, dans la douceur des silences et l’évidence des gestes quotidiens."

                                 

                                 Nos silences accordés


C’était en 1991 en Haute-Savoie, un jour d’hiver comme suspendu dans le temps. Un matin de fin de semaine, calme et pâle, enveloppé d’un silence dense. Après une nuit d’écriture, j’étais assis seul dans le jardin, le regard perdu dans la brume. Le brouillard s’étendait sur la vallée comme une mer immobile, effaçant les montagnes alentours. Tout semblait englouti dans cette blancheur qui absorbait le monde. Je ne sentais même pas le froid sur ma peau, tant mon esprit flottait ailleurs, vidé de toute pensée, comme en apnée entre deux respirations.

 

C’est l’odeur du café montant dans l'air humide qui me ramena à la réalité.
Elle venait d’apparaître sans bruit, ma compagne, drapée dans une couverture de mohair, sa silhouette douce et apaisante découpée dans la lumière diffuse. Ses pas crissaient légèrement sur le gravier humide. Elle tenait un petit sac de papier d’où s’échappait un parfum tiède de croissants tout juste sortis du four. Je la regardai approcher sans un mot, avec cette vulnérabilité silencieuse qu’elle seule savait déchiffrer.
Elle me tendit le sac, s’assit près de moi, et sans échanger un mot nous commencions à manger, côte à côte, partageant ce petit rituel simple qui, à sa manière, disait tout.

 

Nos silences étaient éloquents  de ceux qui tiennent les êtres ensemble lorsque les mots se dérobent. Ils avaient la densité d’une parole accomplie.
Ils étaient faits de respect, de confiance et d’une tendresse qui n’avait plus besoin de phrases. Parfois, le langage se tait pour laisser place à une communion plus profonde, celle qui relie deux êtres au-delà du verbe. Notre couple reposait sur cette alchimie invisible — une fusion tranquille, solide et libre à la fois.

 

Je la regardai, muet, avec cette fragilité que seuls les regards aimants savent accueillir. Nous mangions en silence, partageant cette paix rare où chaque geste tient lieu de phrase. Le monde, à cet instant, se réduisait à la vapeur du café, au souffle de la brise glaciale et à la chaleur tranquille de sa présence.

 

Après un long moment, elle rompit le silence.
Tu n’aurais pas envie de tout quitter ?
Sa voix, douce et grave, vibra dans l’air froid. Ces mots ne furent ni une question, ni un reproche : plutôt une ouverture, un souffle d’ailleurs.
Je la regardai sans répondre. J’entendis dans sa question tout ce qu’elle ne disait pas : la lassitude, le besoin d’air, le rêve d’un ailleurs plus vrai. Alors je lui pris simplement la main. Ce geste simple fut le commencement d’une réflexion profonde, le point de départ d’un mouvement intérieur que je ne pouvais plus ignorer.

 

Je n’ai jamais été un homme de plans.
Instinctif, imprévisible, j’avançais souvent sans calcul sans carte ni certitude guidé par une forme obscure. Je ne croyais ni aux apparences ni aux longues explications émotionnelles. Pourtant, ce matin-là, j’ai su que je devais l’écouter. Pas seulement avec mes oreilles, mais avec tout mon être. J’ai compris que derrière ce désir de fuite, il y avait une vérité : celle d’une vie qu’on ne voulait pas subir, mais choisir à nouveau.

 

Je percevais dans sa question un appel : celui de vivre autrement, de désapprendre le confort pour retrouver la vérité nue des choses. Quitter n’était pas fuir. C’était renaître.

 

Je savais les conséquences.
On ne renonce pas impunément à une vie bâtie à deux. Mais je lui offris une sincérité brute: ailleurs, je ne lui promettrais ni luxe ni certitude, seulement le risque et la beauté d’un recommencement, la promesse d'une liberté à reconstruire ensemble.

 

Elle acquiesça d’un regard.
Nous n’avions pas besoin de davantage.

 

Nos liens reposait sur des contrastes.
Elle, douce et rigoureuse, veillait sur la clarté des jours. Moi, j’étais la part imprévisible, celle qui bouscule et invente. Elle, l’âme organisée, veillait sur les détails, l’administratif, la structure. Moi, j’étais le mouvement, la technique, la gestion des hommes.

 


Nos amis ne comprenaient pas toujours cet équilibre. Certains disaient qu’elle s’effaçait trop, que j’étais dominateur. Ils ignoraient que notre force venait de cette dualité même — de cette façon de respirer l’un pour l’autre.
Elle gérait, j’agissais. Elle liait, je déliais. Nous étions comme les doigts d’une même main, chacun indispensable à l’autre.
Je ne lui disais pas souvent mon amour, mais je le lui montrais dans les gestes, dans les silences et dans mes attentions.
C’est la femme qui, sans bruit, a atteint mon âme.

 

Les années ont passé.
Aujourd’hui, installé en bord de mer, je repense souvent à ce matin de brouillard, à ce café partagé dans le silence. Le temps a dissous bien des choses, mais pas ces images. Je me souviens aussi de l’un de nos premières balades, longeant la côte varoise, la voiture décapotée. Joe Cocker sortait d’un vieux CD qu’elle aimait tant. Le vent jouait dans ses cheveux, le soleil dessinait des éclats d’or sur sa peau.

Le regard en direction de la mer elle riait, libre, légère, comme si le monde s’était enfin ouvert devant nous. Sa main reposait sur ma cuisse, légère, confiante.
Elle était libre.
Nous l’étions tous deux.
Cette image, je la garde en moi comme une relique : un rêve éveillé que j’ai scellé dans ma mémoire.

 

Nos regards avaient leur propre langue.
Nos silences étaient des territoires intimes où aucun mot n’aurait su entrer. De tout ce que j’ai accompli, rien n’a eu plus de sens, ni plus d’éclat, que cet amour — un amour incandescent, passionné, tissé de révolte et de douceur, d’ombre et de lumière.


Parfois, quand le vent d'hiver projette la pluie sur les vitres, il me semble entendre encore le froissement du papier, sentir l’arôme du café, et la voir venir vers moi, dans le brouillard, comme si elle traversait le temps pour me rappeler que rien n’est jamais tout à fait perdu.